mercredi 5 mars 2014

Redemption run




Le fait de revivre dans sa ville natale est source de constantes joies quotidiennes, notamment car cela occasionne de croiser au hasard des rues des visages familiers, parfois presque méconnaissables, victimes impuissantes de manipulations perfides à partir d’un logiciel de vieillissement de l’image. Qu’est-il arrivé au bogosse du lycée qui capitalise désormais pour retrouver un peu de son sex-appel perdu sur la combinaison calvitie et embonpoint, remise au goût du jour par François H, notre président bien-aimé ? La déchéance physique n’est cependant rien par rapport à la dégradation morale. Quelle ne fut pas ma surprise en effet de reconnaître dans ce gros macho en 4X4 qui cherchait à doubler mon vélo en hurlant : « Dégage salope de bobotte !!! », le chef de file de l’époque de mes premières manifs. Camarade, il semble que tu aies renoncé au port du keffieh et à la défense des idéaux marxistes pour prendre un mauvais virage et t’engluer de manière irréversible dans la beauferie.
Mais le plus drôle - ou pas. Tout dépend du point de vue et de la capacité de chacun à prendre du recul - est de tomber sur de « vieilles connaissances » filles. La confrontation est rarement pleine de bienveillance et, d’un coup d’œil expert, on se jauge mutuellement et sans détour. Ainsi, j’ai revu il y a peu de temps mon ennemie jurée de 5ème, la terrible Lucie P. Elle trottinait péniblement le long du Canal du Midi, les cheveux gras, des poches profondes sous les yeux et la cellulite débordant d’un jogging informe. La scène se passait par un dimanche matin ensoleillé et une foule hétéroclite encombrait les berges, s’échinant à faire un semblant d’exercice dans l’espoir de compenser tant bien que mal ses excès et d’atteindre l’absolution par le sport. La charte olympique précise que : "La pratique du sport est un droit de l’homme. », et que : « Chaque individu doit avoir la possibilité de faire du sport sans discrimination d’aucune sorte. » mais la tolérance a des limites. Heureusement le reste de la semaine est réservé aux vrais aficionados du running qui sont prêts à braver vent et tempêtes pour avoir leur dose quotidienne d’endorphine.
Lucie P tressaillit en me voyant. Il faut dire que j’avais fière allure, splendidement moulée dans une tenue très près du corps, et que la légèreté de ma foulée était démultipliée par une élégante queue de cheval qui se balançait suivant le rythme de mes mouvements. Les êtres ne sont pas tous égaux face à l’héritage génétique et Lucie P en prit brutalement conscience. Victoire par KO pour Maya ! Galvanisée par cette brève rencontre, je pulvérisais ce jour-là mes records de chrono et diffusais sur mon passage des ondes de plaisir qui ne laissèrent pas indifférente la gent masculine en baskets.
J’ai commencé à courir à l’aube de la trentaine, âge où l’on n’a plus le même enthousiasme pour les virées en boîte de nuit et où l’on aspire à plus d’authenticité et à une meilleure hygiène de vie, et, depuis, je ne me suis jamais arrêtée. La sensation de bien-être que cela procure m’est indispensable et s’est avérée être un précieux remède dans les moments difficiles. Je fais partie de ces convertis improbables, shootés à l’hormone du bonheur, qui n’ont de cesse d’aller toujours plus loin et toujours plus haut, en surenchérissant sur leurs performances. Une addiction en chasse une autre. Les clubbers d’hier sont devenus les runners d’aujourd’hui. Seuls quelques fêtards non repentis, dotés d’un métabolisme étrangement résistant, continuent à mener les deux pratiques de front. Chapeau les gars mais c’est quoi votre truc ?
Je suis désormais totalement intégrée à la secte de ces drôles de gens, qui, de leur plein gré, mettent leurs corps à la peine jusqu’à l’épuisement et se nourrissent de pâtes et de bananes séchées. Notre communauté en pleine expansion est devenue la cible privilégiée de campagnes de pub coup de poing nous vantant les vertus de vêtements techniques hors de prix et de substances énergétiques suspectes, destinés à nous rendre invincibles. Certains aspects dans l’image véhiculée sont tout de même à repenser pour conquérir et fidéliser de nouveaux adeptes. Je pense en particulier au classement par âge dans les courses officielles dicté par le Fédération de l’Athlétisme qui fait des plus de 23 ans des seniors avant de ranger définitivement les plus de 39 ans dans la catégorie vétérans. Difficile de croire alors à des possibilités physiques repoussées à l’infini et à une solution palliative aux affres du temps. Laissez-nous courir jusqu’au bout du rêve et faites que la machine ne se rouille jamais ! Ce message est dédié à tous mes amis joggeurs, randonneurs, marathoniens et trailers de tous horizons et de tous poils mais aussi à Lucie P qui doit persévérer dans ses efforts. No pasaran !


mercredi 4 décembre 2013

Initiales AC



Chère Moumoune, Fofo, Marie-Claire, MC... Les surnoms que t’ont donnés au fil des années tes inconditionnels et indéfectibles followers et dont on a parfois oublié la provenance ne manquent pas, mais aucun n’arrive à rendre compte de toute la complexité et du mystère qui entourent ta personne. Aussi, j’utiliserai ton nom de baptême pour te souhaiter un bon anniversaire. Bon Anniversaire Anne-Claire !!!! En effet, ce soir, j’ai la chance de faire partie des privilégiés triés sur le volet que tu as réunis dans un lieu jalousement tenu secret afin de célébrer tes quarante printemps. Et je n’arrive pas à y croire : toi, l’effrontée boudeuse, l’éternelle adolescente, tu es désormais quadragénaire. Tout fout le camp ! Même en poussant la jeunesse dans ses derniers retranchements, le temps nous rappelle à l’ordre impitoyablement. Tu me diras comment c’est de l’autre côté, si on peut continuer à picoler et rigoler, même un tout petit peu ?

Je retourne régulièrement dans l’université où nous avons fait nos premières armes, désormais dans le rôle du grand capital ennemi, et un épisode récent digne du Péril Jeune -film culte qui a impacté de manière décisive notre post-adolescence troublée, surtout grâce au lumineux Romain Duris, presque quadra lui-aussi – m’a ramenée quelques années en arrière. L’établissement est toujours une poudrière qui enfante des multitudes de révoltés en herbe. Ce jour-là, une bande d’étudiants chevelus en mal d’action voulaient prendre d’assaut le bâtiment administratif principal et séquestrer les membres du comité d’administration. Ils tapaient sur les grilles, façon tambours du Bronx, grimpaient sur les toits et émettaient des grognements sourds. Leur champ de revendications était assez large allant de la libération de la Palestine, en passant par les droits des homosexuels ou encore le musellement de Nabilla. Ces jeunes gens, fermement convaincus de la noblesse de leurs combats et emportés par le vent révolutionnaire, insultaient également les vigiles contractés pour l’occasion en les traitant de nazis. Les pauvres zouaves dont le teint basané ne laissait aucun doute sur les origines n’en menaient pas large. Peu impressionnée, je me suis frayée un chemin au milieu de cette joyeuse guérilla urbaine et ai franchi sans problème les barrages de sécurité. Je me suis d’abord félicitée de cette petite victoire, puis je me suis dit que, certes mon autorité naturelle y était pour quelque chose, mais que cette entrée facilitée était surtout due au fait que je n’avais plus l’air d’une étudiante, même d'une master 2 qui aurait beaucoup redoublé ! Anne-Claire, Romain, je compatis.

Mais revenons à toi Anne-Claire car c’est bien de toi dont il s’agit aujourd’hui. Tu as voulu placer cette soirée sous le thème du voyage et qui de mieux que toi peux incarner l’âme des voyageurs. Toujours entre deux avions, tu as bourlingué à travers le globe avec élégance et volupté et nourris de nombreuses légendes urbaines. Les enfants s’émerveillent et tremblent en apprenant comment tu as déjoué la convoitise et les pièges de pervers sexuels alors que tu faisais du naturisme sur des plages désertes ou t’étais aventurée dans les bas-fonds de capitales africaines. Même si ta modestie naturelle t’interdit de le reconnaître, tu as aussi eu un impact décisif sur la situation géopolitique mondiale. Les anglais n’ont pas su apprécier tes compétences professionnelles à leur juste valeur, notamment en boudant ta technique incomparable du lancer de soupière sur le client. Les espagnols ont été plus réceptifs. Ils ont fini par se remettre en question à force de se faire traiter de peuple servile et tiers-mondiste. Le mouvement des indignados a d’ailleurs démarré juste après ton départ du pays. Les mexicains, eux, ont totalement revu leurs us et coutumes. Le fameux cocktail de camarones au ketchup a été déclaré menace nationale, la population prend des hormones de croissance et les divinités mayas ont été remplacées par un concept global « Anna-Clara ». La libération des infirmières bulgares en Lybie c’était également toi quoi qu’en dise cette idiote de Cécilia Attias ex-Sarkozy. Le dictateur Kadhafi a manqué de « corones » et n’a pu que s’incliner face à une amazone des temps modernes. Les syriens t’attendent mais comme tu le dis si bien : « Bordel, j’ai pas le temps ! ».

Malgré ton goût pour ce mode de vie intrépide, tu as choisi de poser tes valises dans une zone longtemps restée inhospitalière du Nord-Est parisien rebaptisée en ton honneur « Pré Saint-Gervais Anne-Claire ». Depuis ton installation, les prix n’ont cessé de flamber et les touristes se bousculent. Pour votre information, ce n’est pas là où se déroulent les festivités de ce soir. Inutile d’accourir dans l’espoir d’y prendre part !

Rebelle envers et contre tous, tu n’as pas cédé aux bonnes résolutions culpabilisées et culpabilisantes des nouveaux quadragénaires et continue à fumer de plus belle. La cigarette électronique ne passera pas par toi. Paraphrasant Victor Hugo et en espérant que ta bonne étoile continue à briller, je te souhaite que 40 ans soit la jeunesse de la jeunesse. C’est l’âge où tout est possible et où vie est de plus en plus devant soi… Je te kiffe comme on dit dans le langage des jeunes. Felicidades y no pasaran !

mardi 5 novembre 2013

Révolution ?



La démocratie récemment instaurée à la ruche est menacée. L’Ordre des Mâles multiplie les basses manœuvres pour reprendre le contrôle et imposer des règles strictes, en prônant les notions de productivisme et de conformisme, au détriment des préoccupations créatives. Telles les enfants des « Mille jours » de l'Unité populaire du gouvernement Allende dont l’expérience inédite avait été broyée par la dictature féroce du Général Pinochet, les abeilles se préparent à affronter l’inéluctable fin d’un âge d’or. Mais comment renoncer à ses rêves alors qu’on a goûté à l’espoir ? Il est impossible de revenir en arrière, la résistance s’impose. Le « No Pasaran » salvateur est à hurler plus fort que jamais.
 
Bien que nous soyons en 2013, j’ai l’impression d'être une suffragette en train de se débattre dans un monde hostile dominé par les hommes. Car au-delà du fait que l’impitoyable machine entreprise cherche à réaffirmer ses droits sur nous, un vieux fond de misogynie mal enfoui ressurgit comme pour mieux nous remettre à notre place. Il paraît évident en effet qu’aux yeux de ces messieurs, étriqués dans leurs petits costumes de chefs, nous avons pris trop d’aisance, trop de pouvoir, et nous constituons une menace pour leur crédibilité. « Fini de chanter petites cigales, il est temps de rentrer dans le rang ! », semblent-ils dire. Pourtant, si je devais me définir, je ne me comparerai pas à la Cigale qui, dans la fable La Fontaine, a un comportement négligent et parasite et encore moins à la Fourmi qui accumule égoïstement dans son coin le produit de ses efforts. Seule une figure m’inspire dans le microcosmos : Maya, l’abeille anticonformiste et rebelle qui s’est insurgée contre le butinage à la chaîne et a choisi de vivre dans une fleur entourée de compagnons peu conventionnels. Maya, icône rock par excellence avec ses rayures affolantes !
 
Même notre responsable hiérarchique, tendrement affublé du sobriquet de Bosley, qui nous avait séduites par son accessibilité et son style métro-sexuel semble avoir basculé du côté noir de la force. Il échange des œillades suspectes avec le représentant des Ressources Inhumaines venu nous annoncer, à l’occasion de notre grand rassemblement automnal, à quelle sauce nous allions être mangées. Alors que nous pensions avoir trouvé un allié dans le combat pour la liberté des femmes, nous avons brusquement affaire à un homme de main qui exécute les sales besognes et applique les bonnes pratiques apprises dans les écoles de management : étouffer la grogne, diviser pour mieux régner, entretenir le flou…
 
Et maintenant quoi ? Il nous faudrait accepter une proposition insatisfaisante en nous estimant contentes de ne pas nous retrouver sur le trottoir, fort dépourvues avec la bise qui arrive et criant famine.  Non ! « Nous voulons du pain, mais aussi des roses ! » Les esprits s’échauffent et l’heure n’est pas encore au renoncement même si le mouvement reste difficile à canaliser et à organiser car, alors que certaines abeilles sont en proie à une hystérie incontrôlable, d’autres, percées à jour par la méthode Bosley, préfèrent se désolidariser du collectif pour protéger leurs intérêts personnels, s’accrochant à de vagues promesses. L’adversité est un grand révélateur de caractères qui élève ceux qu’elle ne dégrade pas. J’ai d’ailleurs dû intervenir en prétextant le respect du choix individuel pour sauver la peau d’une des réfractaires à l’action commune, qui, refusant de signer un tract contestataire, se faisait traiter de « collabo » par les autres. Sale époque. Heureusement que nous sommes dispersées géographiquement car en d’autres temps, elle aurait risqué la tonte honteuse.

Quelles sont les nouvelles du front me demanderez-vous ? Pour tout vous dire, nous n’avons pas encore pris les armes. Nous tentons pour l’instant la conciliation pacifique et il est vrai qu’après les réactions passionnées des premiers jours, la mobilisation retombe un peu, surtout avec les ponts de novembre. Ambiance sous les pavés la plage. Nous veillons tout de même avec quelques autres à ne pas baisser la garde. Cette situation de crise n’aura pas créé que des divisions et des alliances inattendues se sont mises en place. Tout en préparant notre prochaine contre-offensive, je suis partie en permission pour m’aérer l’esprit et explorer de nouvelles fleurs qui pourraient constituer de potentiels refuges pour l’avenir. No pasaran !

samedi 24 août 2013

La Plage pour tous !













 
 
 
Point de trêve estivale. Les conflits sociaux qui ont rythmé notre quotidien au cours des derniers mois nous poursuivent sur notre lieu de vacances et en particulier à la plage. Alors que vous  pensez goûter une tranquillité bien méritée, mollement allongé sur votre serviette,  les doigts de pied en éventail, restez sur vos gardes car ce sentiment d’apaisement n’est qu’un leurre.  Il est impossible d’échapper aux réalités du monde et les piqûres de rappel sont nombreuses. Le débat politique continue dans le sable.
 
Conscient de ce phénomène, un opposant forcené du mariage pour tous a ainsi survolé il y a quelques jours la station chic de La Baule à bord d’un ULM, tractant une banderole de vingt mètres avec  l’inscription « Hollande Démission ». Pour ce militant, il s’agissait plus d’une opération de fidélisation que de conquête car il prêchait devant un public de convaincus.  Bienvenue chez les Bourges ! Le passage de l’avion n’a pu susciter qu’adhésion et enthousiasme parmi les lézards de droite. Flash mob improvisée et ambiance survoltée. Je vois les caniches et les enfants soulevés en offrandes  vers le ciel pour obtenir le revirement politique tant attendu, les drapeaux tricolores gammés  ressortis pour cet instant providentiel… J’imagine aussi la terreur qui a du s’emparer des rares partisans de François H présents. Les pauvres devaient creuser des terriers pour échapper à cette inquiétante liesse collective. Un ami gay égaré dans le marché de la ville a cru revivre les manifs  anti-mariage. « Il y avait des Christine Boutin partout. J’avais l’impression d’être un juif traqué durant la France de Vichy. »
 
La plage de mon enfance est beaucoup plus populaire.  Une partie de ma famille en est originaire et je me sens comme une enfant du pays. J’ai la chance de pouvoir y aller par tous les temps et en toutes saisons. Quand l’été arrive, il faut apprendre à partager avec les envahisseurs dont la survie dépend de l’appropriation illusoire d’un lopin de sable ou d’un morceau de de soleil. Je suis de gauche, donc proche du peuple même avide de bonheur bon marché, je fais corps avec le prolétariat en claquettes et torse poil, je supporte les bruits de raquettes et de vendeurs de chichis, je brandis l’étendard Pernod Ricard. Mais parfois c’est dur de ne pas trahir ses idéaux ! Ma capacité d’acceptation est mise à rude épreuve surtout quand vient le pic de fréquentation du mois d’août. Ça débarque de partout et ça veut consommer sans mesure. Courage fuyons !
 
Le seul aspect intéressant est que la plage devient alors un immense terrain d’observation. Chaussée de lunettes de camouflage, j’épie mes voisins à leur insu. J’ai été à bonne école car ma mère, sous un faux air tranquille de dame bienveillante férue de sudokus, ne perd pas une miette du spectacle et peut constituer en quelques heures des fiches détaillées sur chacun des estivants présents dans son champ visuel. Une vraie détective de plage. Avec elle, on sait tout de leur origine géographique, de la composition de leur famille, de leurs  pratiques sexuelles et de leurs éventuels problèmes conjugaux. C’est mieux que la télé, un vrai feuilleton.
 
Lentement mais sûrement je suis ses traces. Je remarque notamment ce sympathique barbu et sa femme intégralement voilée qui, à l’ombre d’un parasol, regardent jouer leurs charmantes petites filles. Les enfants communiquent spontanément sans prendre conscience de possibles différences ou  d’incompatibilités fondamentales et je glousse intérieurement en voyant ces mêmes petites filles s’amuser avec les petits-enfants de retraités au fort accent pied-noir et avec une tribu de mini-blonds de l’Est voués au cruel destin « Bière-Saucisse » comme en témoigne la ceinture abdominale de leurs parents. Tandis que les enfants rient innocemment, une tension très fortement palpable s’installe entre les familles piégées dans une coexistence improbable. Je songe  alors à me proposer comme médiateur de plage et organiser un grand débat sur le thème de la compatibilité entre  l’Islam et de la République. J’hésite encore à me lancer n’étant pas sûre de la réceptivité du public par rapport à cette approche novatrice. Qu’en pensez-vous ? No pasaran !

mardi 12 mars 2013

Mes seins, mes armes ?




« Quand je serai grande, je serai une Femen ! ». Ainsi s’exprimeront bientôt les petites filles, tellement le phénomène prend de l’ampleur et est décliné à toutes les sauces, surtout à l’occasion de cette journée du 8 mars hypocritement dédiée aux femmes. Elles troqueront alors sans regret la japonaise Hello Kitty et son univers débilisant pour ces nouvelles poupées russes qui vont le téton au vent ; une aubaine pour leurs mamans qui économiseront l’achat d’une multitude d’accessoires inutiles, sauf peut-être quelques couronnes de fleurs et pinceaux à dessin.

Petite piqûre de rappel pour ceux qui auraient été récemment coupés du monde et des médias : les Femen, ce sont ces féministes ukrainiennes qui manifestent topless, le corps peinturluré de slogans provocateurs du type « Pope no more », « DSK, descends si tu es un homme» ou encore « In gay we trust ». Plus que de simples activistes, elles se définissent comme de véritables guerrières qui s’attaquent à toutes les formes d’oppression féminine et aux grandes figures du despotisme. Beaucoup de personnes les prennent pour des déclinaisons soviétiques de la Chicholina, remettant en cause l’efficacité de leurs actions et le contenu même de leur message. Pourtant leur courage et leur détermination sont indéniables. On les a vues récemment tenir en tête aux pourfendeurs du « Mariage pour Tous » lors d’une manifestation organisée par les ultra-catholiques à Paris et se faire tabasser par leurs « miliciens ». Images chocs et démonstration efficace de la violence et du machisme de ces groupuscules.

La source idéologique du mouvement est moins évidente. Les Femen se disent marxistes et auraient eu une sorte de révélation suite à la lecture de « La Femme et le Socialisme ». On ne peut s’empêcher d’être dubitatif mais l’originalité de leur mode opératoire l’emporte largement sur leurs motivations. C’est leur féminisme de rue qui séduit et fait des émules partout dans le monde, jusqu’en France où un camp d’entraînement a été ouvert dans le 18ème arrondissement de Paris. La province n'est pas en reste puisque hier à Toulouse une bande d’agitatrices aux seins nus ont grimpé sur la statue de Jeanne d’Arc pour la libérer de la récupération politique faite par le Front National et se réapproprier l’héroïne. Mouais ! Trop de Femen tue les Femen ! Toute cette rage et ce déploiement d’énergie m’ont cependant inspirée et je me suis empressée d’appeler Bosley, mon chef bien aimé :

« - Hello Bosley

- Salut Maya. Ca va bien à Toulouse ? Il fait beau ?

- Ca va merci mais je t’appelle pour autre chose que pour un échange sans intérêt autour des conditions météo….

- OK je t’écoute.

- Tu nous as demandé de proposer des idées nouvelles pour le grand rassemblement fédérateur des abeilles et je crois en avoir trouvé une excellente….

Bosley s’inquiète repensant à mes initiatives récentes.

- Tu connais les Femen ? He bien, elles ont ouvert un « centre de formation » dans le 18ème et ont de la place pour la semaine 15. Le programme est très complet : initiation à la boxe, en finir avec la culotte de cheval, le marxisme pour les nuls, peinture sur corps… Les filles vont adorer et en plus ça nous fera sortir de la ruche. L’objectif est, après une semaine en résidence, d’organiser une opération pendant le weekend.

Bosley trésaille.

- Elles ne sont pas un peu trop radicales ?

- Pas du tout. Nos ennemis sont les mêmes : le capital, l’église, les dictateurs, les gros machos. En plus, le nom de notre boîte (Xxxxen*) rime avec Femen. J’ai déjà l’impression de faire partie de leur sororité !!! Par contre, nous devrons nous méfier de leur leader, cette Inna Shevchenko, qui, avec son regard bleu illuminé, semble vouloir tout contrôler. il faudra aussi adapter leur concept à notre sauce. J’aimerais trouver autre chose que le topless qui est ringard depuis le début des années 2000 et peu pratique pour la course quand on fait plus qu’un 85A. Ces jeunes ukrainiennes sont énervantes avec leurs mini-seins. Comment fait-on pour fuir à toutes jambes avec grâce et élégance quand on est doté comme moi d’une poitrine généreuse si celle-ci n’est pas solidement maintenue? Et puis, on pourrait scander nos revendications en espagnol en mettant du « ¡No Pasaran! » partout….

- Tu entends quoi par modèle revisité ?

- Cela reste bien sûr à peaufiner mais j’ai déjà une vision assez précise du projet. Tout d’abord, on réinjecte des hommes et tout le monde se déshabille ou peut être juste les gars en témoignage de leur solidarité totale avec la cause féminine. On peut imaginer un happening reprenant la chanson Aquarius de Hair, époque Flower Power. D’ailleurs, tu devrais être le premier à quitter tes vêtements. Tu deviendrais ainsi la première icône masculine défendant les droits des femmes et gagnerais en une seule mise un immense potentiel sympathie. Certes, on détournera complètement l’image du beau gosse (Adieu Julien Clerc !) mais la foule en liesse sera tout autant séduite par un corps rondelet et décomplexé !

Bosley n’a plus de temps à perdre et se met à pianoter frénétiquement sur Internet pour savoir s’il y a déjà eu des cas de demandes d’asile politique acceptées pour cause d’harcèlement par des sous-fifres féminins.

- Ton enthousiasme muet illumine ma journée ! Emballé, c’est pesé ! Je contacte tout de suite les filles. On te tiendra informé de la suite. Xxxxen, Femen, même combat ! No Pasaran! »

*Information que je tiendrais confidentielle pour des raisons évidentes.

jeudi 22 novembre 2012

L’homme est une femme comme les autres



Avec la fin de l’Empire de Queen Bee et le retour de la démocratie, la ruche est passée par un sas de dépressurisation et a connu une phase de relâchement total. Les abeilles voguaient au gré du vent, goûtant à un moelleux bien-être qu’elles n’espéraient plus. «Tu veux dire que tu glandais encore plus qu’avant ?» ont sous-entendu certains esprits mal intentionnés de mon entourage. Pas du tout, mais le lâcher prise est souvent nécessaire et salvateur pour faire table rase du passé et mieux rebondir. Mes camarades et moi-même avions besoin de réapprendre à penser librement et à prendre des initiatives seules, sans demander la permission pour tout à une souveraine despotique. Et puis, le bateau n’allait pas complètement à la dérive puisque nous avions un nouveau commandant. Je dis bien «un» car l’ordre suprême des mâles avait estimé impossible de substituer à Queen Bee, si exceptionnelle et irremplaçable, une autre Elle qui aurait toujours souffert de la comparaison et aurait fini en camisole et sous prozac à force de vouloir effacer son souvenir indélébile. Ainsi, par une bel après-midi de juillet, celui que j’appellerai C est entré dans notre vie par la petite porte.

Pour favoriser son intégration, Queen Bee l’avait convié à sa dernière soirée d’adieux, la plus belle et la plus somptueuse de toutes. Elle trônait au milieu de la pièce, entourée de ses adoratrices en pleurs et couverte d’offrandes pour l’achat desquels les plus fanatiques d’entre nous nous avaient saignées jusqu’à l’os, menaçant de dénoncer les non-contributrices. C s’était ainsi retrouvé l’unique mâle dans une assemblée de vingt-cinq femmes partageant un moment d’une rare intensité émotionnelle et, aussi à l’aise qu’un chien dans un jeu de quilles, il avait balbutié quelques mots avant de prendre la poudre d’escampette. Me tenant un peu à l’écart avec d’autres insoumises, je n’avais même pas entendu son nom. Nous avons ensuite regagné nos alvéoles respectives en province et pendant plusieurs mois C n’a été qu’une voix lointaine au téléphone.

Contre toute attente et même à travers ce prisme technologique, C a rapidement su imposer sa patte. Tout d’abord, il a généralisé le tutoiement destiné à abattre les barrières hiérarchiques et créer une ambiance de travail authentique et conviviale. Très échaudée par la pseudo-décontractitude professionnelle nord-américaine dans laquelle j’ai baigné autrefois, j’avoue me méfier du « Tu Tout de Suite » et préfère observer et attendre avant d’accorder ma confiance. Mais C a marqué des points dans d’autres domaines. Au cours de chacune de nos conversations, il était en permanence à l’écoute, n’imposait pas son avis et savait se remettre en question, en faisant toujours preuve de beaucoup de douceur et d’humilité. Grâce à cette approche pleine de féminité, C peut se réjouir d’avoir pris l’exact contre-pied de sa prédécesseuse qui nous avait replongées dans l’obscurantisme de l’Ancien Régime. Curieuse ironie du sort: c’est un homme qui nous a fourni les armes pour gagner notre émancipation.

Mais la période «C au téléphone» ne pouvait pas durer éternellement et il était temps pour lui d’affronter la meute. La date de la cérémonie d’adoubement de C a été fixée et toutes les abeilles ont été rappelées à la ruche pour l’occasion. Tard dans la soirée précédant le jour J, j’ai reçu un appel. C’était C. Il me dit :

« - Bonsoir Maya. Je ne te dérange pas.

- Bonsoir C. Non, je répétais pour le «Grand Bourdonnement».

- Le quoi ?

- Le «Grand Bourdonnement», c’est la cérémonie qui clôturera ton intronisation. Il y aura des chants, des danses, des tours de magie. L’abeille de Lyon va même tenter de cracher des flammes. C’est la tradition.

- J’ai le trac. J’ai peur de ne pas être à la hauteur.

- Ne t’inquiète pas. Tu t’en sors bien. Tu es à 90% de côte de popularité. Continue à jouer la carte de la modestie et de la normalité, c’est la tendance du moment.

- Tu crois ?

- J’en suis sûre.

- Je te demanderai juste une faveur. Après mon discours d’introduction, je vais inviter l’assistance à intervenir. Pourras-tu poser une première question afin de lancer la machine ? J’aimerais éviter le flop.

- Tu peux compter sur moi mais à une condition: la suppression définitive des séminaires de développement personnel et des stages de clown. Plus jamais ça.

- Promis !

- Juré ?

- Craché !

- Djobi ?

- Djoba ! »

J’ai mal dormi cette nuit-là, trop occupée à peaufiner mon intervention stratégique. Le lendemain, je suis arrivée pratiquement la dernière. C m’a accueillie avec soulagement. Il se dandinait d'un pied sur l'autre visiblement très mal à l’aise et était couvert de traces de rouge à lèvres. Toujours pour stimuler les rapports, il avait autorisé le bisou matinal en plus du tutoiement et en subissait les conséquences. Il a tout de même réussi une harangue honorable destinée à nous faire partager sa pensée «visionnaire » et a conclu en donnant le signal convenu : «J’ai suffisamment parlé et suis prêt maintenant à répondre à vos questions. Je vous écoute ». C’était à moi de jouer. Sans hésitation, je dis: «Est-ce qu’on peut t’appeler Bosley ?*». J’ai poursuivi mon raisonnement : «En ces temps troublés de crise et de perte de repères, nous avons besoin d’images rassurantes et de références fortes; or, qui de mieux que ce personnage qui a bercé notre enfance et le démarrage de la vie d’adulte de nos vétérantes ? Bosley, c’est à la fois notre père, notre frère, notre meilleur ami gay… ». Les autres abeilles me fusillaient du regard, sans doute jalouses de ne pas avoir lancé l’idée. Elles secouaient la tête et faisaient des effets de cheveux, espérant être repérées pour être l’un des trois anges leaders. Hélas pour elles, les « Drôles de Dames », c’est bien plus qu’un sourire dentifrice et un brushing indécoiffable !

C a fini par réagir timidement : « Je ne pourrais pas plutôt être Charlie**? ». On sentait une blessure d’enfance profonde et toujours présente. Je répondis : « Non C, tu n’y es pas du tout. Charlie c’est la figure strauss-kahnienne par excellence. Charlie, c’est l’argent, le bourbon, les cigares, les femmes en minishorts… Bref tout ce que nous exécrons par-dessus tout. » Penaud, C a murmuré : « C’est OK pour Bosley ».

Prise de pitié, l’une de mes camarades a alors orienté le débat vers un autre point essentiel : « Comment va Queen Bee ? ». C avait soigneusement préparé sa réponse : « Elle va très bien et vous embrasse toutes. » Là, je savais qu’il mentait car j’avais appris de source sûre que depuis sa désinvestiture, Queen Bee traînait chez elle en pyjama, désormais accro à l’alcool, au tabac et aux talk-shows de l’après-midi, et rejetait systématiquement les solutions proposées par le Pôle Emploi, jugeant cette administration trop plébéienne. Sur ce dernier point, elle n’avait peut-être pas tout à fait tort. No Pasaran.

*Gestionnaire asexué et bedonnant de l’agence de détectives dans la série « Les Drôles de Dames ».
** Employeur mystérieux des « Drôles de Dames » dont on ne voit jamais le visage.



jeudi 14 juin 2012

Les adieux à la Reine !


Notre président tout neuf nous a promis un changement radical et profond mais il ne croyait pas si bien dire car, avant même sa prise de pouvoir officielle, l’impensable s’est produit : Queen Bee, ma responsable hiérarchique bien aimée, a annoncé  son abdication. La nouvelle est tombée dans ma boîte mail le vendredi  11 mai à 17h. Guidée sans doute par mon intuition, je n’étais pas, comme d’habitude à cette heure,  en train de vaquer à des activités extra-professionnelles non avouables, mais connectée au réseau dans le cadre rassurant de mon salon. J’ai ainsi vécu en direct et depuis mon canapé l’évènement et tous les bouleversements qu’il a engendré. Dans un message poignant, notre reine nous a expliqué qu’elle partait non pas par choix mais au regard de sa situation personnelle ( ?), nous a demandé de faire preuve de courage et de continuer le combat entrepris  et a conclu avec quelques citations pompeuses d’auteurs dont elle ne connaissait pas le nom.

L’humanité a connu de grandes tragédies comme la Mort d’Elvis ou la Guerre du Vietnam mais aucune n’a jamais suscité autant d’émoi ni de tristesse que la perspective du départ prochain de notre royale icône. La ruche est en deuil. Les abeilles zigzaguent sans but et ne produisent plus de miel. Une cellule de soutien psychologique a été constituée et le centre d’appels a été saturé en quelques minutes. Après l’envoi de ce qui s’apparente à un missile scud, chacune de mes collègues qui je vous le rappelle sont toutes des femmes dispersées un peu partout en France, ont posté en mettant en copie la Terre entière des mots d’adieux déchirants à celle qu’elles identifiaient tour à tour et entre deux sanglots à une mère, une sœur, une maîtresse ou encore une déesse. Si les ordinateurs pouvaient pleurer, notre pays aurait été enseveli sous des flots de larmes. J’ai mesuré l’ampleur du fanatisme et de la manipulation psychologique lorsque l’une des abeilles a évoqué le rôle déterminant de Queen Bee dans le mouvement féministe. J’ai dû intervenir en aparté pour expliquer à cette âme égarée que la politique rétrograde pratiquée par notre département visant à nous transformer en femmes  au foyer des années 50 ne représentait en rien une avancée pour les femmes. Penaude, mon interlocutrice m’a promis de lire Simone de Beauvoir et Elisabeth Badinter.

En ce qui me concerne, je n’étais ni gaie ni triste, j’étais juste abasourdie par cette nouvelle incroyable. Je me disais également : « Damned, elle m’a devancée ! ». J’en étais là dans mes réflexions lorsque la ligne rouge a retenti. Maya, you are needed ! Pronto !  C’était Queen Bee. Comme à son habitude, elle est allée droit au but et a dit : « Abeille Maya, l’heure est grave. L’équilibre géopolitique planétaire est en jeu.  Je connais votre expérience dans les relations internationales et j’ai besoin de vous pour être mon porte-parole. Je compte sur vous et j’espère que vous ne me décevrez pas. » Moi qui avait été cantonné jusqu’alors dans ce job à des échanges franco-français, j’ai pu renouer pour quelques jours avec les grands de ce monde et tenir tête à des reporters avides de scoops appartenant à des medias aussi divers que le New York Times, le Der Speigel ou encore Aljazeera. La Reine Elizabeth II a même proposé de lui laisser la vedette à l’occasion de son jubilé de diamant et de rebaptiser la journée Bee-Day.

La question qui taraudait tous ces vautours affamés était de connaître les mystérieuses raisons personnelles qui contraignaient Queen Bee à se retirer de la scène en pleine gloire. La principale intéressée n’avait fait aucune déclaration officielle et chacun élaborait des hypothèses plus ou moins vraisemblables. Notre Reine aurait fricoté d’un peu trop près avec les Sarkozystes et elle devait se faire oublier. Elle aurait rencontré Dieu et entrait dans les ordres. Elle délocaliserait la ruche en Inde… Familière des rouages de l’appareil interne, j’avais ma propre interprétation. Queen Bee était mariée avec Felipe III qui allait devenir son N+1 et les fonctions respectives des deux altesses royales n’étaient plus compatibles. Ainsi elle sacrifiait ses ambitions au profit de la carrière de  son époux, prouvant une nouvelle fois que l’égalité entre les sexes reste encore une lointaine utopie. Je lâchais en pâture une version simplifiée de cette information : « La situation est comparable à celle du couple Strauss kahn Sinclair mais sans le fric et le bunga bunga ».

Mes camarades abeilles s’inquiétaient aussi de son remplacement et me poussaient à poser ma candidature pour le trône, disant que moi seule pourrait les défendre contre l’ordre des mâles. Bien que flattée par cette confiance, je répondis que je ne m’épanouissais que dans le contre-pouvoir et que l’idée de régner en lointaine banlieue parisienne m’était insupportable. Puis, je me dis que si la ruche me voulait vraiment comme nouvelle reine, je n’avais qu’à poser mes conditions qui seraient bien évidemment non négociables. J’ai commencé une liste qui n’est encore qu’une ébauche : 2,5 heures de travail par semaine depuis mon cher Sud, 52 semaines de RTT, déménagement de la ruche dans le XXème arrondissement de Paris, stage intensif de cool attitude et de glamour pour le personnel, appartement de fonction donnant sur les Buttes Chaumont pour le weekend, stricte application de la parité et unité spéciale d’hommes totalement dévouée à ma personne, budget réception illimité, hiver sponsorisé en Amérique du Sud pour moi et mon cercle proche…

Le moral des troupes en berne pendant plusieurs jours a fini par revenir. Le choix du cadeau de départ a fait notamment l’objet d’un débat acharné par e-mails car les abeilles n’étaient pas toutes d’accord sur la marque du sac à main. Une cérémonie d’adieu se prépare mais l’effet de surprise risque d’être quelque peu gâché suite à une erreur de manipulation  de l’abeille la plus ancienne et la moins douée pour les nouvelles technologies qui a fait suivre à Queen Bee tout l’historique des échanges. La machine s’est retournée contre l’homme. Quelle perfidie ! En attendant, Elle n’est toujours pas partie. God Save the Queen !